Mise à jour 27 août 2008

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   European Championship, Quiberon (France), 2 - 8 août, 2008 par Marc Laurent et Yann Chateau
Commentaires de Marc Laurent. Voir également son reportage photo sur l'album EFJ.

Comme souvent, la baie de Quiberon a permis du 2 au 8 août de réaliser un beau championnat Européen. En 9 manches, les conditions de vent ont été variées, allant des petites brises permettant tout juste de finir une course, jusqu'à des vents dépassant 25 nuds qui interdirent parfois de courir.

Au général, 1er Botin Le'chever/Turrado (Espagne) - 2e Fisher-Guillou/Julien (France) - 3e Savio/Roici (Italie). Tout le classement des 43 équipages. Voir aussi le reportage photo de Marc Laurent.

 

L'arbitrage direct a donné des courses "claires" avec peu de réclamations à terre. Résultat : une ambiance détendue et agréable entre les coureurs et les cadres de toutes les nations. Les fautifs ont été sanctionnés sur l'eau ce qui évite les inévitables recherches de témoins à terre, vrais ou faut, qui détériorent le climat général.
La formule est donc a maintenir et à développer. C'est l'objectif partagé avec la Pologne qui organisera le prochain Européen à Gdansk.

Trois équipages masculins ont dominé l'épreuve avec une belle régularité aux avants postes. Les équipages féminins italien et polonais a montré de réelles qualités, notamment dans la brise, en rivalisant avec les garçons.

Le gréement evolution confirme le gain de stabilité amené au près mais l'augmentation de surface de la grand voile, notamment dans les hauts, rend le bateau plus volage aux portants. De nombreux dessalages sur les largues et les vents arrières en témoignent. J'y reviendrai plus loin.

Bien qu'étant derrière l'objectif de mon appareil photo, j'ai pu relever quelques problèmes récurrents. Je ne rentre pas dans l'analyse tactique que les entraîneurs de la délégation française détailleront certainement. Je voudrais juste revenir sur quelques fondamentaux, énoncés maintes fois déjà, mais qui ne sont hélas, toujours pas appliqués.

Tenue de l'écoute de foc au trapèze
Un nombre important d'équipiers ne se saisissent toujours pas de leur écoute de génois au trapèze. Il est difficile d'en comprendre la raison puisque sous spi, ils l'ont en main ! On ne peut prétendre aller vite en voile en laissant les écoutes au taquet. Ca relève de l'école de voile !! C'est le B.A. BA technique de notre sport !!
Les entraîneurs sont trop laxistes sur ce point qui devrait être réglé dès l'initiation. Il serait bon que pour la prochaine saison, ce problème soit définitivement réglé.

On peut voir ainsi à la bouée au vent des bateaux qui abattent pour partir au largue avec le génois complètement bordé !!! Ca devient vite très délicat avec beaucoup de vent et certainement pas la meilleure façon d'accélérer !
Malgré moi, mais puisque les conseils ne semblent pas pris en compte, je rappelle les milles et une raison d'avoir le contrôle du génois au trapèze :
- Ouvrir le génois pour laisser courir : lorsque l'on est dégagé et que l'on peut naviguer au meilleur compromis cap vitesse.
- Ouvrir pour couvrir un adversaire, ou lorsque l'on est trop haut sur le cadre, ou pour abattre à la bouée au vent tout en restant au trapèze,
- Réguler sur les surventes et les baisses de vent,
- Permettre de répondre à toute situation d'urgence imposant de virer de bord instantanément,
- Choquer pour éviter un dessalage,
- Se stabiliser au trapèze grâce à la tension dans l'écoute.

Abattée à la bouée au vent
Constat : barreurs et équipiers plongent en même temps dans le bateau dès le passage de la bouée. Les équipiers sont obligés de descendre du trapèze pour choquer le génois, le barreur pour hisser le spi. Le bateau prend donc un coup de gîte et accélère pas.
A l'abattée, il faut au contraire offrir un couple de rappel plus important puisque l'on remplit plus les voiles. Il faut donc rester au rappel pour le barreur, et au trapèze pour l'équipier. On profite du bref instant de passage au près bon plein pour lancer le bateau à sa vitesse maximum.
L'abattée doit être déclenchée par une légère contre-gîte qui rend le bateau mou et permet d'abattre avec le minimum d'angulation du safran.
Sur l'attaque d'un largue serré, il est important d'arrondir doucement l'abattée de manière à laisser le temps au bateau d'accélérer et pour se maintenir au vent, à l'abri d'une attaque venant de derrière. Encore une fois : l'ajustement de l'ouverture des deux voiles est déterminante pour accélérer ce qui est impossible si l'on a pas l'écoute de génois en main !!!

Largues serrés
Position de tangon : le tangon ne doit pas s'appuyer sur le guindant du génois : pour éviter qu'il ne casse et pour que l'attaque du spi ne soit pas sous le vent de l'axe du bateau. 
Les butées sur les écoutes de spi sont indispensables. Elles permettent de gagner du temps sur les envois et les empannages car le bras au vent est préréglé.
Réglage de la balancine : le tangon à poste, le circuit de balancine doit être tendu avec la bille en butée sous le pont. Cela empêche le tangon de monter ou de se mater sur les surventes, ce qui entraîne souvent un dessalage. Pour la même raison, les nuds sur la balancine doivent être espacés au plus de la valeur du diamètre du tangon.

Réglages
Dans l'ensemble, les réglages des voiles sont mieux maîtrisés. La quête notamment est souvent adaptée aux forces de vent. Les bordures de GV sont moins creuses dans la brise.
Reste à bien gérer la tension du gréement en fonction de la mer et de la force du vent. C'est là que réside bien souvent la solution pour obtenir le rendement optimum du bateau. C'est là que se trouvent les derniers dixièmes de nuds à gagner.

Cintrage longitudinal du mât
Avec le gréement evolution, le contrôle du cintre du mât devient obligatoire tant les sollicitations du mâts sont importantes. Vous pouvez voir sur les photos du championnat des cintres très importants qui aplatissent trop la voile. L'utilisation du système de cale de mât s'impose. Par contre, il faut le rendre efficace. Pour ce faire, faite un palan 2 ou 3 brins avec le bout de la calle de mât.

Hale bas de GV
On a assisté à de nombreux dessalages sur les vent arrières dus en partie à hale bas de GV trop choqué.
Entre le près et le vent arrière, il est nécessaire de choquer un peu le hale bas de GV, sinon, la chute est trop tendue ce qui peut notamment conduire à des empannages intempestifs lors de navigation sur la fausse panne.
Si on le choque trop, le haut de la GV qui est alors trop vrillé, induit une poussée vélique latérale (perpendiculaire à l'axe du bateau). Sur une survente, cette force fait contre giter provoquant un départ à l'abattée. Et c'est le bain assuré !

Marc Laurent
  Commentaires de Yann Chateau
Le stage pré-européen s'est avéré une fois de plus comme un rendez-vous important en vue de la préparation du Championnat. Les contenus et les intervenants ont permis à chacun de progresser chaque jour non seulement en connaissance de la baie de Quiberon mais aussi de trouver un état d'esprit propice à la performance. Voici les quelques points abordés durant la semaine de préparation :

Préparation du matériel
beaucoup de coureurs sont arrivés avec un bateau mal préparé (bateau prenant l'eau, pas de lèvres de dérive, pas de grille de réglages, les safrans qui remontent, etc...). Il est important qu'un message soit passé sur le plan national dans ce domaine afin que les bateaux soient préparés le plus tôt possible dans la saison. La palme d'or revient aux savoyards qui peuvent maintenant témoigner de l'importance de ce point.

Connaissance du plan d'eau
grâce à une intervention de Philippe Delahaye et des observations quotidiennes, le team France a pu assimilé des modes de fonctionnement du vent, notamment sur le contournement du relief.

Gestion du stress
Florence Lebrun, triple sélectionnée aux Jeux Olympiques en 470 féminin, a eu la gentillesse de nous accorder une heure de son temps pour expliquer aux jeunes régatiers comment elle gérait son stress. Cette discussion ouverte a permis notamment aux coureurs d'en parler, dédramatisant un peu cet aspect de la compétition.

Etat d'esprit
La combativité était un élément clé de la préparation à l'européen. Les coureurs se doivent sur un tel événement de mettre toutes leurs chances de leur côté et de se battre continuellement. Cet aspect de la compétition a été travaillé sous forme de jeu sur l'eau. Erwann et Thibault ont beaucoup apporté au groupe dans ce domaine.

Les coureurs français ont eu du mal à trouver leur rythme sur le début de l'européen. Avec un comportement un peu passif pour certains, de nombreuses occasions n'ont pas été exploitées lors des premières manches (départ, passages de marques, trajectoires au portant). Cette entame de Championnat un peu trop douce est sans doute du à une coupure un peu trop grande entre le stage et la régate, et à l'arrivée d'autres bateaux uniquement pour la compétition. Enfin, la gestion de la motivation des coureurs reste un point plutôt négatif puisque cette motivation était inégale entre les équipages, mais également inégale au sein d'un même équipage d'une manche à l'autre.

Points forts des français : compromis cap-vitesse au près, conduite au portant, connaissances tactiques.
Points faibles des français : départ (encore aléatoire), passages de bouées et trajectoires au largue (notamment largue ouvert).
Globalement, ce sont les phases de contact qui ont posé le plus de difficulté au team France. Des stages de regroupement plus fréquent serait une solution pour résoudre ces points faibles.

Yann Chateau

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